Les professions dans le domaine de la carrosserie: des métiers qui ont de l’avenir

Les métiers de carrossier-tôlier et de carrossier peintre ont de grands défis à relever. Les besoins dans le domaine des réparations effectuées par des professionnels augmentent à cause du nombre croissant des véhicules en Suisse. Ce faisant, les tâches nécessitent des connaissances de plus en plus approfondies et une tendance de plus en plus marquée se fait ressentir: les jeunes en fin de scolarité qui ont un niveau d'études plus élevé se destinent plutôt à des carrières universitaires, au détriment de la formation professionnelle. Nous sommes donc confrontés à une pénurie de main d'œuvre qualifiée. Interviewés, Rolf Hug, chef de la Carrosserie Hug AG, et Andreas Billeter, chef du centre de formation d'AMAG, expliquent pourquoi il vaut la peine d'opter pour un apprentissage dans le domaine de la carrosserie.

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Interview: Andreas Billeter, chef du centre de formation d’AMAG, et Rolf Hug, chef d’entreprise de la Carrosserie Hug

Monsieur Hug, les métiers de carrossier-tôlier et de carrossier-peintre dans lesquels un apprentissage est proposé traversent une crise?

Rolf Hug: c’est un fait que la tendance est à la baisse si l’on considère le nombre d’apprentis dans ces métiers. À en juger le nombre de jeunes en fin de scolarité qui ont un niveau d’études plus élevé, on s’aperçoit qu’ils sont de plus en plus nombreux à s’orienter vers des études universitaires.  De moins en moins d’élèves qui sont très doués ont envie de commencer par un apprentissage à vocation artisanale. Cela dit, je ne dirais pas que ces métiers sont en crise. Au contraire, ils revêtent de plus en plus d’importance.

Aujourd’hui, pas moins de 250 formations professionnelles sont présentées aux salons des métiers. Quand j’étais plus jeune, il y en avait peut-être une trentaine.

En l’occurrence, le problème concerne donc aussi les autres métiers manuels de l’automobile comme par exemple le métier de mécatronicien automobile (qu’on appelait avant mécanicien auto)?

Andreas Billeter: il est difficile de comparer ces métiers. Certes, nous faisons face à un problème similaire au niveau du métier de mécatronicien automobile, mais la raison est l’«intellectualisation» de ce profil professionnel. En ce qui concerne les métiers en rapport avec la carrosserie, le problème est plutôt lié au fait que ceux-ci sont malheureusement un peu tombés dans l’oubli à cause du grand choix de formations professionnelles. Aujourd’hui, pas moins de 250 formations professionnelles sont présentées aux salons des métiers. Quand j’étais plus jeune, il y en avait peut-être une trentaine.

Des métiers avec du potentiel: Rolf Hug, chef d’entreprise, s’exprime sur l’avenir du carrossier-peintre et du carrossier-tôlier

Malgré cela, les métiers de la branche automobile ont de plus en plus d’importance. À quoi est-ce dû?

Rolf Hug: comme cela a justement été évoqué, la branche pâtit du fait que trop peu de jeunes optent pour un apprentissage à vocation manuelle. Parallèlement, on écoule de plus en plus de véhicules neufs, raison pour laquelle la demande en matière de réparations augmente en permanence. Et d’où la grosse pénurie de personnel qualifié à laquelle nous sommes confrontés. Cette branche cherche à recruter d’urgence car la pénurie risque encore de persister pendant un certain temps.

Les véhicules modernes sont de plus en plus sophistiqués. Est-ce que cela fait par conséquent croître davantage les exigences de ces métiers dans le domaine de la carrosserie?

Andreas Billeter: il est certain que les exigences de ces métiers sont plus élevées aujourd’hui. De nos jours, un carrossier-tôlier doit par ex. avoir de bonnes connaissances dans le domaine électronique pour pouvoir exercer son métier. L’apprentissage en carrosserie-peinture est passé de trois à quatre ans afin de répondre aux attentes de la branche. Les professions manuelles requièrent de plus en plus de facultés intellectuelles et en même temps les jeunes en fin de scolarité ayant un niveau d’études élevé ne sont pas tentés par un apprentissage et c’est pourtant d’eux que nous avons besoin.

Rolf Hug: exactement. Les tâches sont de plus en plus complexes. Auparavant, on enlevait par exemple les bosses sur une aile alors que de nos jours on remplace. Pour ce faire, on doit donc démonter aussi le phare, puis il faut l’ajuster par la suite à l’aide d’un appareil de diagnostic. Les connaissances en matière d’électronique revêtent une importance croissante, les exigences sont élevées; il faudrait donc en tenir plus compte au niveau de l’école.

Andreas Billeter: il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que ces métiers exigent des apprentis qu’ils soient en mesure de fournir un travail de haute précision. Aujourd’hui, on parle parfois d’art et ce dernier est directement soumis aux critiques du client. En effet, celui-ci voit au premier coup d’œil si la teinte de la carrosserie a subi une retouche ou si les jeux d’ouverture ne sont pas respectés. C’est à la fois un défi énorme et fascinant à relever. Et si le client n’est pas satisfait, il ne paie pas la réparation. C’est aussi simple que cela.

Il en va de même pour ce qui est des possibilités de formation continue dans les métiers en rapport avec la carrosserie. En effet, celles-ci passent presque complètement inaperçues.

Comment se fait-il que de moins en moins de jeunes gens ne se sentent pas attirés par ces métiers malgré les bonnes perspectives d’avenir et un champ d’activité intéressant?

Rolf Hug: ce qui est ancré dans les mentalités, c’est que les apprentissages manuels manquent d’attrait par rapport aux parcours universitaires. À cela s’ajoute l’influence des parents, des professeurs et des conseillers d’orientation qui ne vantent pas les mérites de l’apprentissage auprès des jeunes en fin de scolarité et don tle niveau d’études est élevé. Il en va de même pour ce qui est des possibilités de formation continue dans les métiers en rapport avec la carrosserie. En effet, celles-ci passent presque complètement inaperçues. Là un effort d’information s’impose car, même dans notre domaine, il est par exemple possible de suivre une formation continue auprès d’une haute école spécialisée et d’aller jusqu’au master.

Andreas Billeter: je pense que jusqu’à maintenant les offres de formation continue étaient plutôt limitées dans le domaine de la carrosserie. L’association suisse des carrossiers industriels ASCI en a pris conscience et offre maintenant un éventail de formation de plus en plus large.

Pouvez-vous citer un exemple?

Andreas Billeter: il existe un tout nouvel examen appelé coordinateur d’atelier. Il s’agit d’un brevet (E P – examen professionnel) qui n’existait pas en tant que tel jusqu’à présent. Ensuite, on peut passer l’examen de maîtrise habituelle (EPS – examen professionnel supérieur). C’est la voie de formation classique dans le domaine artisanal qui, grâce aux passerelles et à la perméabilité inhérente au système, permet ensuite de suivre des filières universitaires comme le bachelor et le master.

Quel est l’impact de ce cliché dans la décision de ne pas faire d’apprentissage en carrosserie?

Rolf Hug: ce cliché remonte à une époque lointaine où on était vraiment retranché dans un sous-sol tout sombre du matin au soir et où on se salissait au travail. De nos jours, nous avons besoin d’ateliers reproduisant la lumière du jour et portons des équipements de protection lorsque nous appliquons la peinture. Il faut dire que les pièces des véhicules sont très sophistiquées et qu’il faut savoir les manipuler avec tout le professionnalisme requis.

Andreas Billeter: voici un fait éloquent qui appartient au passé: avant, on recourait à des solvants pour diluer la peinture qu’on subissait ensuite toute la journée. C’était bien sûr très nocif pour la santé. De nos jours, on travaille principalement avec des produits à base aqueuse tout en se protégeant pendant l’application de la peinture. Les professions dont nous parlons ici sont des métiers propres qui ne constituent plus aucun risque en termes de santé.

Se pourrait-il que le salaire soit aussi un frein qui joue en défaveur d’un apprentissage dans ces domaines?

Andreas Billeter: si on compare les salaires des apprenants avec ceux des autres branches d’activité, force est de constater que cela ne constitue sans doute pas un obstacle. Lorsqu’on en est au stade de choisir un métier, en général ce n’est pas le salaire qui prévaut. Ce qui est décisif ici, ce sont les possibilités de formation, car personne n’a envie de se contenter d’un bas salaire. Or, comme nous venons de l’expliquer, les possibilités de formation se sont nettement accrues dans notre domaine. Quand on veut, on peut.

Travail minutieux: le métier de carrossier-tôlier

Quelles perspectives professionnelles peut-on escompter en effectuant une formation dans le domaine de la carrosserie?

Rolf Hug: il existe de nombreuses autres possibilités en plus de celle qui consiste à se spécialiser dans le métier choisi. Pour la plupart, il s’agit évidemment de domaines apparentés tels que les emplois en tant qu’expert en dommages ou collaborateur chargé de la gestion des sinistres auprès des assurances ou comme contrôleur des moteurs de véhicules au Service des automobiles. Dans ces métiers-là, il faut bien sûr approfondir ses connaissances en suivant une formation. Récemment, j’ai rencontré un ancien apprenti qui participe maintenant au développement de nouveaux appareils dans le domaine des technologies médicales. Son apprentissage lui est aujourd’hui encore très profitable car le savoir acquis alors en tant qu’apprenti carrossier-tôlier sur le plan des formes et des matériaux lui sert dans son travail actuel.

Andreas Billeter: on peut également suivre des formations spécialisées dans le domaine des aménagements spécifiques de véhicules comme les camions de pompiers, les ambulances ou les remorques et viser une activité de spécialiste en la matière. On peut aussi s’orienter vers l’aéronautique car cette industrie a aussi besoin de personnel qualifié dans le domaine de la carrosserie. En effet, il faut aussi peindre les avions et maintenir les hélicoptères en bon état de fonctionnement.

Monsieur Hug, pouvez-vous nous dire comment une carrière peut évoluer dans le domaine de la carrosserie à partir de votre propre exemple?

À l’origine, j’ai commencé par faire un apprentissage en tant que carrossier-tôlier, puis j’ai suivi une formation commerciale. Parallèlement, j’ai acquis de l’expérience professionnelle en travaillant en Suisse et à l’étranger. Par la suite, j’ai trouvé un emploi au service interne d’une compagnie d’assurance, ce qui m’a ouvert la voie vers le traitement des dommages. Aujourd’hui, je suis à la tête d’une entreprise de carrosserie et j’ai une trentaine de collaborateurs.

Ces métiers ont-ils à votre avis de l’avenir?

Andreas Billeter: oui, beaucoup. Il y aura toujours du travail dans le domaine de la carrosserie. Tant que la mobilité restera importante à nos yeux, nous aurons forcément besoin de carrosserie et il faudra bien qu’on puisse réparer avec professionnalisme. Il y a quelque temps, nous avons expliqué sur le blog AMAG le danger que représente une carrosserie non réparée dans les règles de l’art. Le côté sécurité des réparations effectuées est appelé à prendre de plus en plus d’importance à l’avenir.

Rolf Hug: de plus, les nouveaux matériaux comme le carbone vont eux aussi nous contraindre à faire évoluer le métier en permanence. Avec les technologies hybrides et électriques, il va falloir relever de nouveaux défis à l’avenir et il faudra mettre sans cesse nos connaissances à jour. Je pense que notre domaine d’activité offre un gros potentiel de développement. Maintenant, il est temps de remédier au manque de main d’œuvre qualifiée.

Merci pour cet entretien très intéressant!

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